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Le Faux-Self Caméléon : disparaître pour mieux contenir le monde

Le Faux-Self Caméléon : disparaître pour mieux contenir le monde

Se fondre dans l’autre pour oublier son propre vide

Le faux-self caméléon s’adapte totalement à l’autre parce qu’on ne s’est jamais adapté à lui. On ne l’a pas écouté, pas rassuré, pas contenu. Ou pas assez. Ou pas comme il fallait. Quelle que soit la raison, le caméléon n’a pas ressenti un sentiment de sécurité suffisamment constant pour se sentir le droit d’explorer le monde et d’y tenter tous les rôles possibles. Alors il se fond dans le désir de ses parents, se fond dans le décor scolaire, se fond dans la culture d’entreprise, se fond dans tout ce qu’il croit qu’on attend de lui, partout et tout le temps, au point de ne plus se sentir exister nulle part.

Et quand il se demande enfin qui il est, le faux-self caméléon est soudainement pris de vertige devant son propre vide. Vide qui devient une caisse de résonance à son angoisse, cette angoisse qui n’a jamais été contenue par une figure rassurante et fiable, cette angoisse qui prend d’autant plus de place que le caméléon ne fait plus confiance à personne. Il ne sait plus se confier, se laisser toucher véritablement et permettre à l’autre de jouer auprès de lui son rôle de pair, d’humain, de compagnon avec qui on peut cheminer vers ailleurs.

Une illusion de contrôle

Le caméléon n’ayant jamais fait l’expérience de la contenance, il se protège en assumant précisément le rôle que personne n’a jamais pris avec lui. Il se fait creux pour contenir le monde et les autres, il devient le réceptacle de leurs paroles et de leurs angoisses, ce qui lui permet de ne pas trop avoir à assumer les siennes.

En fusionnant ainsi avec l’autre en permanence, il se met en situation de ne jamais être exposé, de ne jamais prendre le risque d’être vulnérable. Il contrôle ainsi son image et se préserve du danger, croît-il, en évitant de ressentir ses propres émotions au profit exclusif de celles des autres.

Contrairement à ce qu’on veut bien admettre, se faire creux en permanence est un comportement contrôlant. Une posture d’extrême présence à l’autre qu’on adopte essentiellement pour échapper à soi-même, et une façon de se rendre intouchable, de n’être jamais embrassé, jamais rejeté non plus, car on ne rejette pas ceux qui ont le bon goût de s’oublier en permanence…

Quand le surdon augmente le phénomène

Parce que sa sensibilité lui permet de saisir rapidement les attentes de l’autre, parce qu’il a plus de ressources que la majorité des gens, parce qu’il peut mobiliser intensément ses compétences afin de maintenir ses émotions sous cloche, le public HPI est particulièrement sujet à la stratégie du faux-self caméléon. Si ses particularités cognitives n’ont pas été reconnues, pas accompagnées, pas explicités et peu comprises, l’enfant HP risque d’utiliser ses ressources, non pas pour construire sa place dans le monde, mais pour échapper au risque d’une relation à l’autre toujours perçue comme dangereuse.

Et plus le temps passe, plus ses ressources s’épuisent. Ses stratégies de suradaptation deviennent de plus en plus coûteuses, et son sentiment d’incompréhension rend les situations sociales ordinaires d’autant plus insupportables.

Le besoin de se positionner autrement dans la relation à l’autre devient incontournable.

Apprendre à se relier, c’est…

  • Comprendre que la fusion est une forme de négation, de soi ou de l’autre
  • Assumer le caractère mouvant d’une relation, et sa possible fin
  • S’affirmer et prendre le risque de s’opposer à l’autre
  • Accepter d’être contenu par des humains imparfaits mais bien intentionnés
  • Accueillir ses propres émotions et en faire un moteur pour construire une vie qui a du sens
  • Se donner les moyens d’être créatif dans son quotidien relationnel
  • Renoncer à l’illusion du contrôle dans le rapport à l’autre et à soi

 

Oui c’est difficile.

Oui c’est passionnant.

Et oui, on a besoin d’être accompagné par quelqu’un de confiance pour y parvenir.

1 réflexion au sujet de “Le Faux-Self Caméléon : disparaître pour mieux contenir le monde”

  1. Merci pour cet article… je m’y retrouve tellement. Vertige total face au vide alors même que je suis en train de me découvrir. Merci de mettre en mots de manière aussi simple un mécanisme si complexe duquel on a l’impression de ne jamais pouvoir en sortir. Isabelle

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