Vivre le surdon

Inscrivez-vous pour recevoir les prochaines actualités et articles par email :

J'accepte la politique de confidentialité
Faux-Self : redonnez du sens à votre parole

Faux-Self : redonnez du sens à votre parole

Le Faux-Self en tant que masque figé nous met en situation d’être un acteur perpétuel. Un acteur qui n’invente donc pas son texte, mais peut seulement dire ce qui correspond au personnage qu’il se doit d’assumer en toutes circonstances.

Apprendre à vivre avec un Faux-Self, c’est aussi et surtout, se réapproprier sa parole pour lui donner enfin du sens nouveau.

Le masque, l’acteur et la parole qui tourne en boucle

Avoir un Faux-Self, c’est être coincé derrière un masque figé et inamovible. Comme dans le théâtre antique ou la commedia dell’arte, les rôles sont déjà déterminés, les traits de caractère dessinés d’avance, l’histoire reste toujours la même et il est impossible d’improviser réellement. Colombine sera toujours la jeune première amoureuse, Matamore sera toujours ridicule de vanité et chacun tiendra sa place sans la moindre perspective de changement.

Si l’on peut faire varier le texte d’une représentation à l’autre, c’est uniquement dans la mesure où celui-ci continue de correspondre au rôle attribué. Quelle que soit la version écrite au fil des siècles, Electre ne dira jamais que des paroles accusatrices et fanatiques. Antigone refusera de se soumettre à la loi des Hommes. Amphitryon parlera toujours en cocu qui s’ignore. Même si la forme de leur discours peut se nuancer, l’enjeu de leur parole sera le même. Parce que tout ce qu’ils disent est entièrement déterminé par le masque qu’ils portent.

Tel est le principe du masque : il est là pour nous permettre de tenir une place particulière, afin de dire uniquement ce qui correspond au rôle qui nous est attribué. Et quand on ne parvient pas à en changer avec le mouvement de la vie, on finit par se sentir prisonnier dans un piège du destin : notre parole tourne en boucle au point de ne plus être pleinement habitée. A force d’être une répétition d’une répétition, elle se retrouve vidée de toute signification réelle. Cette parole dénuée de tout potentiel créatif devient la manifestation d’un enfermement identitaire, d’une place figée, d’une histoire impossible à réécrire et dans laquelle on ne se reconnaît pas.

Changer de masque et réinventer perpétuellement sa parole

Pour vivre autre chose, il faut se donner les moyens de réécrire le sens du texte et donc, de passer, comme dirait Ardoino, “d’acteur” à “auteur” de sa vie. Il ne s’agit plus de se contenter du texte qui correspond à son seul et unique masque. Il s’agit d’être celui qui invente l’histoire, qui se dessine autant de visages et de rôles qu’il veut, pour se sentir le droit de dire tous les textes du monde. Tous ceux qui auront du sens pour soi.

En effet, quand Winnicott parle du Vrai-Self, on est tenté de croire qu’il est question d’une identité cachée qu’il faudrait retrouver. D’un vrai visage dissimulé depuis trop longtemps et à qui on offrirait enfin le luxe de voir la lumière. Mais croire à une quelconque vérité de soi à retrouver, c’est une mécompréhension terrible des propos de Winnicott : le Vrai Self n’est pas une identité à retrouver, c’est notre potentiel créatif, notre capacité à agir de façon spontanée, c’est “l’auteur” en soi. Cet enfant qui joue dans la spontanéité… Il n’est pas question de découvrir son “vrai visage”, mais de s’autoriser à être créateur de sa vie, de sa parole, de ses actes, et de son masque de l’instant.

C’est ainsi qu’on peut redonner du sens à sa parole : en la faisant varier au gré des situations  et en fonction des masques qu’on s’autorise enfin à inventer.

Laisser un commentaire

4 − un =

%d blogueurs aiment cette page :