Vivre le surdon

Inscrivez-vous pour recevoir les prochaines actualités et articles par email :

J'accepte la politique de confidentialité
Comment l’enfant construit un Faux-Self ?

Comment l’enfant construit un Faux-Self ?

Pour bien grandir, il faut deux conditions…

Être bousculé dans ses habitudes et être contenu dans ses angoisses. C’est l’alternance de ces deux situations qui oblige à grandir, à avancer, dans le déséquilibre permanent.

On met l’enfant en situation d’apprendre de nouvelles choses : cela le bouscule et l’oblige à trouver des ressources pour faire face aux difficultés. Et quand tout cela génère trop d’angoisse, on le contient, on accueille ses émotions et on le serre, symboliquement ou physiquement, avec bienveillance contre soi. On manifeste sa compréhension et sa considération pour les difficultés qu’il rencontre.

Parce qu’il se sent compris, reconnu et protégé, il retrouve l’assurance nécessaire pour faire de nouveau face aux monde. Et ainsi de suite. Alors, il grandit, il apprend et il se sent le droit et les moyens d’agir de façon créative sur son environnement.

Et quand le milieu familial n’assure pas cette double mission ?

En étant trop bousculé et pas assez contenu, l’enfant ne dispose plus des ressources nécessaires pour explorer, il ne peut plus agir de façon créative, ou comme dit Winnicott, il n’a plus les moyens de “jouer”. Son angoisse n’est jamais véritablement entendue, il ne se sent jamais compris et reconnu pour la réalité de ce qu’il vit. Aucune parole ne fait écho à ce qu’il traverse et il se sent littéralement abandonné. Alors il n’utilise plus ses ressources pour inventer sa façon bien à lui de grandir et de prendre sa place dans le monde. Il va les utiliser pour assurer sa survie en s’adaptant le plus possible à ce qu’on attend de lui. Et pour peu qu’il soit maltraité et pas seulement incompris par le milieu dans lequel il évolue, la nécessité de survivre se fait d’autant plus impérieuse.

Alors il va se conformer de toutes ses forces au rôle qui lui sera attribué dans la dramaturgie familiale et sociale, parce que c’est le seul moyen pour lui d’avoir un semblant de place stable. Et ce semblant de place stable, c’est la condition nécessaire pour contenir cette angoisse qui le crucifie. La place inamovible, ce rôle bien défini et bien clos, c’est le début du faux-self. Il va devenir l’armure sous laquelle contenir la fameuse angoisse dont personne n’a jamais pris suffisamment soin. L’enfant va “s’auto-contenir”, par là même, arrêter de grandir.

Le faux-self bloque le processus d’humanisation

L’enfant pourra s’instruire, il pourra renforcer son faux-self, il pourra vivre un semblant de vie aux yeux du groupe, mais en vérité, il ne grandira plus. Dans le sens où il ne gagnera plus en humanité. Car le faux-self va bloquer sa capacité à être en relation avec l’Autre. Jouant un rôle figé, et n’ayant pas appris à compter sur la reliance au groupe pour apprendre à assumer l’angoisse, il va évoluer en se sentant vide, déconnecté du monde, terrorisé à l’idée qu’on découvre l’immense vulnérabilité qui l’habite. Au lieu de construire une vie qui aura du sens pour lui, toute son énergie va servir à rendre l’armure la plus hermétique possible.

Et son processus d’humanisation va s’arrêter.

Jusqu’au jour où, coup de chance, il rencontrera quelqu’un qui comprend. Quelqu’un dont les remarques lui permettront de mettre des mots sur ce qu’il vit. Quelqu’un qui saura lui prouver qu’il est possible de se relier aux autres. Et qu’ils peuvent nous apporter cette fameuse contenance qui aura tant manquée.
Alors, généralement au prix d’une grosse crise existentielle, il s’autorisera à vivre autre chose. A poser l’armure, à laisser la parole de l’autre entrer en lui, à grandir et à devenir enfin un humain parmi les autres.

Laisser un commentaire

quatorze + quinze =

%d blogueurs aiment cette page :