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La bête de foire vous dit merde

La bête de foire vous dit merde

Les reportages, les livres spécialisés et autres supports médiatiques dessinent des publics HP un portrait fixe et pas tout à fait reluisant. Le surdoué se situerait de façon très spécifique, à mi-chemin entre le génie incompris et le handicapé social, sur fond de dépression chronique et de sensiblerie dégoulinante. Pour un peu, on troquerait volontiers quelques dizaines de points de QI contre un avenir plus réjouissant.

Cette identité close et aliénante qu’on appelle “être surdoué”

Le jour où j’ai passé mon test, la psy m’a dit avec un air déconfit : «De toute façon, avec un QI pareil…Quoi que vous fassiez…Pffffffiooooou…Vous allez vous ennuyer partout…».

Autrement dit : « C’est pas la peine d’essayer de construire un projet quelconque, tu es condamnée à errer toute ta vie de place en place en quête d’un peu de stimulation mentale qui, de toute façon, sera rapidement sans saveur…Moi à ta place j’irais me flinguer de suite.»

Youpi.

Quarante ans plus tôt, une de mes amies ayant passé des tests d’entrée pour l’université a reçu comme simple commentaire : “Vous êtes largement au-dessus des autres. Je suis tellement désolée. La vie va vraiment être très difficile pour vous.”

Même constat. Même sentence.

Mes frères et soeurs, nous sommes condamnés à être malheureux, à crever d’ennui et à ne jamais trouver notre place nulle part. Parce qu’être surdoué, comme tout le monde s’accorde à nous le répéter, est une calamité qui nous oblige à vivre pour toujours en marge du monde. Nos particularités sont mille fois plus difficiles à assumer que celles des autres. Nous n’avons rien de commun avec le reste de l’humanité et malgré nos bonnes volontés respectives, nous ne parviendrons jamais à vivre ensemble.

Ben voyons !

Voilà comment on enferme ceux qui cherchent des réponses, comment on leur fait croire qu’ils ne parviendront jamais à être des humains parmi les autres. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir et principalement celle-ci : Considérer son isolement réel ou ressenti comme le résultat irrémédiable de sa nature et non comme un manque de compétences sociales ou d’esprit critique qu’il ne tiendrait qu’à nous de travailler.

Refuser le destin tragique du brillant marginal

J’ai une mauvaise nouvelle pour votre ego : Avoir des neurones frétillants ne veut pas dire grand chose.

Les surdoués captent tout plein d’infos en vrac et les traitent rapidement. OK.

Mais…

 

  • Ça ne dit rien de leur façon de choisir et de hiérarchiser ces infos.
  • Ça ne dit rien du modèle épistémologique avec lequel ils mettent ces infos en relation les unes avec les autres.
  • Ça ne dit rien de la pertinence des conclusions qu’ils vont en tirer.
  • Ça ne dit rien de l’esprit critique qu’ils vont mettre en place devant ces conclusions.
  • Et ça ne dit rien des actes qu’ils vont poser à partir de ces conclusions, ni quelles sont les valeurs qui les animent au moment de faire leurs choix.

 

Bref, ça ne suffit pas vraiment à définir un destin, une nature, un profil type, ni quoi que ce soit d’autre.

Apprendre à discerner, à raisonner, à avoir de l’esprit critique, à agir dans la reliance au monde et avec respect pour l’autre, c’est un travail. Un travail que tout un chacun doit faire, surdoué ou pas.

Autrement dit :

Vous n’êtes pas “différent” (en tout cas pas plus qu’un autre).
Vous n’êtes pas “malade” (en tout cas pas plus qu’un autre).
Vous n’être pas non plus “condamné” à assumer un destin larmoyant et scellé d’avance (là encore, pas plus qu’un autre).
Et comment échappe-t-on à son destin tragique de “surefficient mental aux pensées fulgurantes et inconnues du profane” ?

Par exemple, en arrêtant d’y croire ! Et en apprenant à utiliser humblement sa tête. Oui, comme les autres.

Devenir un Homme….

…c’est renoncer à l’illusion narcissique et follement commune d’être unique.

Qu’importe en vérité votre degré de perception des signes du monde, qu’importe votre rapidité de traitement de l’info, qu’importe la quantité de myéline qui entoure vos neurones, vous êtes un Homme et rien de plus. Vous avez les mêmes chemins à parcourir, avec vos ressources particulières et les contraintes qui vont avec.

Tous les humains sont de la même chair, habités des mêmes conflits intérieurs, animés des mêmes pulsions et nourris des mêmes mythes. Vous y compris.

Assumer son humanité est un travail que nous avons tous à faire. C’est ainsi qu’on apprend à se relier au monde, à y construire sa place et à chanter avec les autres.

Vous n’êtes pas une bête de foire. Il est temps de dire merde à ceux qui sont convaincus du contraire. Et commencez donc par vous-même !

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